20.02.2007
Editions Verdier / Encore, toujours
Verdier consolide encore sa position dans le monde de l'édition française.
Créées il y a vingt-sept ans dans le Val de Dagne, au hameau de Villemagne, les éditions Verdier sont devenues une référence. Après le lancement d'une collection de poche l'an passé, le rachat de l'éditeur Farrago est désormais conclu. Récit d'une réussite malgré un contexte économique difficile.
Le hameau de Villemagne. Une poignée de maisons. Un lieu écartelé entre Val de Dagne et Hautes-Corbières. C'est ici qu'en 1979, naissent les éditions Verdier, "de la conjonction de plusieurs éléments", rappelle le fondateur, toujours aux manettes, Gérard Bobillier. Ces éléments sont l'intérêt que portera très vite Verdier à la spiritualité hébraïque, à la philosophie grecque et aux expériences d'écriture dans le domaine de la narration.
"L'époque connaissait moins de turbulences sur le plan de la diffusion du livre", se souvient celui que la famille Verdier surnomme "Bob". Il n'empêche, il fallait une énorme dose de culot, voire d'inconscience, pour lancer l'une des toutes premières maisons d'édition en région : "Nous n'avons pas vraiment examiné les questions d'ordre économique. Si nous avions réfléchi, nous ne nous serions jamais lancés. Nous étions ignorants de ce monde-là".
"A la marge". Sauf que vingt-sept ans après leur création, les éditions Verdier sont toujours présentes sur les tables des librairies. En bonne place. Avec un catalogue riche de 700 titres (lire ci-contre) répartis en plusieurs collections, dont celle de poche, créée en 2006. Le secret pour durer dans un univers confronté à la concurrence de plus en plus vive des nouvelles technologies, aux stratégies de concentration des grands groupes détenant les clés de la diffusion et à la crise qui met en péril la librairie indépendante ? Il tient en un mot : l'exigence. Dans le choix des auteurs et des textes publiés. A la marge. "Mais les marges éclairent le centre", réplique Gérard Bobillier. Verdier a construit sa notoriété dans des domaines où peu d'éditeurs ont osé s'aventurer ces trente dernières années. "La petite édition vit sur un paradoxe. Elle est confrontée à une redoutable fragilité économique compensée par une immense volonté de donner à lire et à comprendre". Cette fragilité, "c'est le temps qui permet de la surmonter". Aujourd'hui, Verdier assure 50 % de son chiffre d'affaires avec son catalogue. "Cela nous permet de publier des nouveautés en prenant moins de risque qu'à nos débuts". Au fil du temps, sont venus les rachats de catalogues d'autres éditeurs, "des catalogues que nous respections et dont les titres ne devaient pas finir dans les poubelles du temps".
Dans la poche. Dans les prochains jours, Verdier deviendra propriétaire de son confrère Farrago. L'aventure continue. Avec aussi la toute nouvelle collection de poche dans laquelle l'éditeur reprend son propre fonds, va puiser dans les catalogues d'autres éditeurs et innove en publiant aussi de l'inédit. "Verdier poche est une collection bon marché mais qui répond à une exigence et une qualité éditoriale. C'est pensé comme une sorte de pléiade de poche", explique le directeur. Parmi les nouveautés qui arrivent chez les libraires, un récit de Pierre Michon intitulé "L'Empereur d'Occident", publié il y a dix-sept ans par Fata Morgana à Montpellier et qui parle des disputes théologiques et des hérésies à l'époque des grandes invasions et des royaumes barbares. Le long chemin de Verdier dans le monde de l'édition ne se poursuivrait pas sans quelques succès de librairie, toujours surprenants parce que pas vraiment prévus dans la feuille de route de l'éditeur. Le dernier en date n'est autre que les "Carnets" de Pierre Bergounioux, 1000 pages de confidences sur papier bible, vendues à plus de 3 500 exemplaires et dont le deuxième tome de 1 500 pages paraîtra en septembre prochain. Il fallait oser. Comme Verdier a osé les "Récits de la Kolyma" de Varlam Chalamov, 1 536 pages déjà vendues à plus de 2 000 exemplaires. Les 100 000 pages vues du site Internet "editions-verdier.fr" en disent long sur l'intérêt des lecteurs pour le catalogue de l'éditeur audois. Dans ce domaine aussi, Verdier a été pionnier en étant une des toutes premières maisons à s'offrir une vitrine sur le web. Là encore, il fallait oser, dans une période où l'édition voyait l'Internet comme le pire ennemi. "Osez lutter, osez vaincre", sourit Gérard Bobillier en se souvenant de Mao Tse Toung. En 1979, c'était déjà cela, le pari.
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