13.03.2007

JB (4) / Un poète en mouvement

medium_bousquet1.3.JPGCe texte a été lu le lundi 12 mars 2007 dans l'auditorium du Carré d'Art de Nîmes. J'y étais invité avec René Piniès, directeur du centre Joë Bousquet, par le théâtre de la ville pour une rencontre autour de l'oeuvre de Joë Bousquet, à la veille des deux représentations de la pièce "Je porte malheur aux femmes mais je ne porte pas bonheur aux chiens", montée par le metteur en scène Bruno Geslin à partir de textes de Joë Bousquet.   

Traversé par une balle, le 27 mai 1918 à Vailly-sur-Aisne, Joë Bousquet  désormais cloué par l’immobilité est un homme condamné, pour vivre, à réinventer le mouvement. Telle est l’injonction que la blessure lui adresse. Pendant les quelques années de convalescence qui ont suivi le printemps 1918, entouré de médecins dont son père, Bousquet pense qu’il va pouvoir réapprendre à marcher. Nous sommes entre 1920 et 1924. Années cruciales, décisives, durant lesquelles se joue une fois de plus le destin de ce jeune lieutenant d’infanterie.

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20.02.2007

JB (3) / Lettera amorosa

medium_bousquet2.JPGLe poème d'amour (Lettera amorosa) est le thème du printemps des poètes 2007. Sa correspondance amoureuse et nombre de ses textes en témoignent : Joe Bousquet se distingue, dans la poésie du XXème siècle, par sa quête d'un amour fou qui s'enracine dans la poésie des troubadours et qu'André Breton placera au centre de son oeuvre.

Pour donner à lire Bousquet, voici un poème écrit en 1921 sous le titre Elégie. Une lettera amorosa qui témoigne d'une naissance à l'écriture, au moment où l'homme se détourne de la blessure reçue le 27 mai 1918 sur le front de l'Aisne, à Vailly, pour tourner résolument son regard vers l'horizon illimité du rêve et de la vie.

ELEGIE

Sous des plis de velours l'heure aux doigts blonds s'esquive / L'ombre assoupit l'angoisse où mon âme captive / Languit, s'éveille et s'offre à l'haleine des fleurs. / Le soir dévore au ciel des lacs pleins de pâleurs / Tandis que l'horizon orne au loin son visage / D'un regard où le jour moribond ennuage / D'ambre et d'or les lambeaux de la vivante nuit.

A la cime des pins l'ombre étouffe le bruit. / J'écoute dans mon coeur, l'écho des sources folles, / J'entends rire et trembler l'eau qui court sous les saules : / aigre, un cri de grillon élève jusqu'à moi / des frôlements d'herbe froissée. Un vague effroi / tressaille au lent frisson des sanglots de l'effraie, / des oiseaux, en rêvant, bougent dans la saulaie / et je crois par l'effet de quelque grave accord / penser avec le coeur profond du soir qui dort.

Il flotte aux longs sommeils de ces langueurs d'automne / Un frisson si nouveau que mon âme s'étonne / Comme un enfant ravi de découvrir la mer. / Mais l'ombre a fait éclore un charme dans ma chair. / Est-ce le souvenir de ma blonde inconnue / qui, tenace et léger, dans la nuit s'insinue / et prête à ma pensée un peu de ses douceurs ? / Est-ce un amour naissant qui rôde en mes langueurs ? / Ou sur l'air odorant l'aile souple d'un songe / qui me frôle et s'enfuit sous ce jour qui s'allonge ?

Car la lune se lève et pose au ciel changeant / sur un champ de velours, la patère d'argent / d'où neige sur mon rêve offert au soir, sans voiles, / une libation de lumière et d'étoiles.

copyright : Joe Bousquet - Lettres à Marthe - Editions Gallimard, 1978 

05.02.2007

JB (2) / Une correspondance avec René Char

Nous partageons dans le silence...

quelques traces écrites qui témoignent des relations entre Joë Bousquet et René Char



medium_bousquet1.2.JPGExtrait d'un article de Joë Bousquet paru dans La gazette des Lettres le 31 août 1946 après la publication des Feuillets d'Hypnos :

Celui des hommes que j'estime le plus est aujourd'hui René Char. René Char ne croit pas que la vie ait un sens, il nous enseigne que nous créons ce sens et que nul n'y peut prétendre qu'il ne soit auparavant devenu sa vie même, tout ce que peut devenir une vie. Voir plus loin aveugle.

Dans les années 1947 - 1949, Gaston Puel entretient d'étroites relations avec René Char et Joë Bousquet. Les deux poètes "s'écrivent" par son intermédiaire. Ainsi, Gaston Puel recueille dans ses correspondances avec les deux hommes le témoignage de l'estime qu'ils se portent mutuellement.

Le 2 septembre 1947, René Char écrit à Jean Ballard, directeur des Cahiers du Sud :

Je nourris beaucoup d'estime pour Bousquet comme vous savez. Il est bien patient avec ma poésie.

Extrait d'une lettre de Joë Bousquet à Gaston Puel, 1948 :

Songez que j'ai à ma gauche tous les derniers livres de Char. De temps à autre, je me redonne du courage en relisant un de ses poèmes ou en l'apprenant par cœur. Parce que Char est le poète de ce monde plus en relief et plus simple, plus grand que j'entrevois...

Extrait d'une lettre de René Char à Gaston Puel, 15 août 1949 :

Merci des lignes de Joë Bousquet. Il doit savoir que nous partageons dans le silence nos ressources réciproques. Je l'aime bien et pour toujours...
Joë Bousquet est mort le 28 septembre 1950. Trois mois plus tard, le 27 décembre 1950, René Char écrit à Jean Paulhan (éditeur de Bousquet chez Gallimard).

Cher Jean Paulhan,

Joë Bousquet a été pour moi, à un tournant difficile de ma vie le prompt et pur compagnon secourable. Il reste celui qui sut toujours entre deux êtres tenir propre la vitre. Je l'aimais bien. Penser à lui fait se pencher sur le perpétuel la fleur qui a le cœur majeur, toujours si étrangement cachée.

Cet extrait est cité par Charles Debierre dans son article "Joë Bousquet, le lieu d'un démenti", paru en mai 1988 dans la revue de l'université de Pavie Il confronto literario. Merci à Alain Freixe de nous l'avoir signalé.

Sources : Char dans l'atelier du poète (Gallimard collection Quarto). René Char - Jean Ballard : Correspondance (éditions Rougerie). Voisinages de René Char, catalogue de l'exposition du musée de Rodez (2001)

Collecté par Serge Bonnery

JB (1) / Naissance de Joe Bousquet

medium_bousquet1.JPG"Je vais mieux et j'ai pu faire quelques pas. Oh ! des pas bien vagues et vieillots, rien de l'allure triomphante qui me permettrait de courir à un rendez-vous d'amour longtemps désiré et impatiemment attendu". Joë Bousquet

Le 23 septembre 1919, le lieutenant Bousquet blessé à Vailly, dans le département de l'Aisne, est allongé dans son lit de convalescent à l'hôpital mixte de Carcassonne. Allongée est la position que, bientôt, il ne quittera pour ainsi dire plus puisque la blessure le privera définitivement de l'usage de ses jambes.

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