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24.03.2007
Printemps à la chapelle de Fitou
C'est le printemps à la chapelle de Fitou qui lance, à partir du 31 mars, sa nouvelle saison culturelle. On vous invite à en découvrir le programme (programmegilles.pdf) et à soutenir, par votre présence, cette belle initiative au coeur de nos Corbières.
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20.03.2007
Lumières de René Char
A l'occasion du Printemps des poètes et du centième anniversaire de la naissance de René Char, Jean-Paul Charlut a animé une conférence, le 14 mars dernier, à la bibliothèque de Carcassonne. Une soirée au cours de laquelle il a fait partager au public sa lecture de René Char. Voici, successivement, trois textes de Jean-Paul Charlut sur Char, textes qui ont servi de socle à son intervention publique. François Laur participait également à cette soirée au cours de laquelle il a lu son poème "Lettera amorosa" en ligne sur ce blog.
Les textes de Jean-Paul s'intitulent successivement :
1 - Mots de lumière. 2 - Enfantement et aube. 3 - L'hypothèse d'une demeure.
09:05 Publié dans Ecritures du Sud | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
19.03.2007
Au salon
Les deux livres - il se trouve qu'il s'agissait du même en deux exemplaires - étaient posés sur le rayonnage de sorte qu'on n'en distinguait que la tranche et sur cette tranche, l'œil aurait naturellement dû se porter sur leur titre et le nom de leur auteur mais ce n'est pas ce qui m'a attiré en premier. Par une de ces déviations dont on a du mal à saisir le sens, c'est sur une tache de vin que mon regard s'est posé, une tache, sur les tranches des deux ouvrages, d'un rouge pâle, sans doute une partie de la matière liquide ayant été immédiatement bue par le cartonnage de la reliure. Comment cette tache de vin avait-elle pu souiller ces couvertures de livres exposés à la vente, par quel hasard, en quelle circonstance ? La veille au soir, l'inauguration s'était déroulée dans un vacarme déroutant et une bousculade inimaginable. Chaque stand offrait ses toasts, ses sucrés, ses salés et arrosait copieusement l'ouverture du salon. Chacun pouvait trouver là matière à rencontres, conversations, repas et coups à boire gratis : le paradis des pique-assiettes.
(Je ne me souviens plus à quelle année remonte la composition de ces impressions notées dans un de mes carnets que je retrouve par hasard ce matin en feuilletant...)
11:10 Publié dans Afin que rien ne se perde | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
18.03.2007
Carnets (2) / Incise
Il dut, jadis, me dis-je, passer sa route vaporeuse où broussailles s’enchevêtrent, où s’échinent ornières à demeurer dans la parfaite rectitude des parallèles, où se devine un trait grossier de pierres grises. Le tracé, sans doute, de l’ancienne voie qui serpente entre bribes. Il dut, jadis, j’imagine, emporter vins, vivres et marchandises, barriques roulées en cadence par des bras d’hommes aux manches retroussées, alignées maintenant sur le quai ou disposées en quinconce, dans l’attente de la formation du convoi.
Il bruine. L’eau suinte sur un mur rouge maculé de taches sombres et que le temps a égratigné. Elle glisse, goutte à goutte, telle une transpiration, entre les pores de chaque brique, le long des tiges recourbées d’herbes sauvages qui minent sa consistance en écartant ses plaies. Il saigne, ce mur décrépi contre lequel je me suis appuyé en l’attendant. Il fait froid ce dimanche. J’ai marché vers elle dès que j’ai aperçu sa silhouette dans un halo de brume pâle. Drapée dans un manteau de cuir, elle s’insinuait entre les verges tendues d’arbustes qui fouettaient son visage. De si loin que sa main me dessine, le percement de trous est à l’œuvre dans ma mémoire.
Il dut, me dis-je en détaillant son allure, siffler chaque jour à tue-tête, s’époumonant dans l’approche, libérant de son antre un épais nuage blanchâtre, tel qu’on pouvait aisément le suivre du regard dans le ciel sans le voir, juste lever la tête, prêter l’oreille et entendre l’acier crisser de joie au moment de toucher le heurtoir.
D’aussi loin que je me souvienne, je perdis pied dès l’instant où j’effleurai sa joue, tandis que nous nous tenions en équilibre précaire sur la traverse de hêtre abandonnée à son lent pourrissement dans la friche.
Il dut, pensai-je, en emporter des voyageurs par grappes vers la ville. Je les imagine vêtus en habits du dimanche, dans leurs mains des paniers sertis de victuailles. Femmes, enfants en joie courant le long du quai jusqu’aux voitures, houle portée vers l’heure du départ.
De si loin que la vapeur blanche échappée de son ventre dessine entre les arbres sa course rectiligne, il file maintenant vers le point d’horizon où il disparaîtra. Et me laisse au bord du précipice où depuis je me tiens, pris de vertige, paralysé par l’instabilité des pierres qui, sous mes pieds, au plus imperceptible mouvement, s’ébranlent. Ainsi, depuis, je demeure, sous la menace de la chute, constamment dans l’attente de ce qui adviendra mais qui, languissant, s’éternise. Si poreuse est la peau qu’elle prie le désir. La jeune fille, je me souviens, m’avait poussé contre la paroi rêche du mur sale. Sa bouche venait de dévorer mon visage avec l’appétit d’une forge. Puis elle s’était laissée glisser le long de mon corps en repliant ses jambes. Je l’avais rejetée en arrière, implorant d’un regard son pardon, dans l’espoir inavouable qu’elle opposerait une résistance à mon geste. Ses yeux avaient hurlé de rage en s’écriant pourquoi.
copyright Serge Bonnery, 2007
illustration : Claude Monet, la Gare Saint-Lazare. Musée d'Orsay
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17.03.2007
Carnets (1) / Oublier... jamais
Il ne posait jamais un œil sur la pendule. A croire que le temps ne l'intéressait plus. La plupart de ses gestes étaient accomplis machinalement et son visage demeurait le plus souvent impassible.
Un même rituel présidait à chacune des rencontres dont nous avions ensemble convenu. Il prenait place dans un grand fauteuil de cuir au creux duquel il semblait désarticulé. Je m'asseyais, face à lui, sur une chaise basse, recroquevillé sur moi-même. J'ouvrais sur mes genoux mon cahier à couverture souple et à petits carreaux avec l'intention de noter ses réponses à mes questions. Je devais être attentif au moindre mouvement de ses lèvres. Il parlait bas, d'une voix lointaine qu'accentuait un léger sifflement. Rien de ce qu'il murmurait n'était facile à saisir.
La pièce où nous étions installés, de forme carrée, sans fenêtre, était située au centre de la maison. C'était une salle à manger de style rustique. Cheminée autrefois dessinée par maman. Un feu mourait dans l'âtre. Il jouait avec les dernières braises. En s'aidant de sa canne en bois, il les étouffait sous les cendres. Parfois, de minuscules étincelles jaillissaient du foyer, si minuscules qu'elles se consumaient avant même de retomber en poussière sur le parterre froid. Une lueur alors pétillait dans ses yeux, comme si l'éphémère de cette apparition l'avait un peu distrait de son ennui. On aurait dit que les objets disposés sur les meubles qui nous entouraient avaient toujours été là. Pareille fixité donnait le vertige.
A ma demande, il avait accepté de parler de la guerre. Il s'exprimait d'une voix neutre, comme s'il s'était à jamais détaché des événements de sa jeunesse. Il aurait tellement voulu oublier, m'avait-il confié. Ne plus revoir ces images défiler encore dans sa mémoire. Il aurait voulu tout effacer d'un trait. Peut-on faire comme si… ? Oui, m'avait-il répondu avec toutefois cette restriction montrant qu'il ne savait pas très bien, au juste : on peut et on ne peut pas à la fois. Il n'avait jamais fait que cela, au fond. Tenté de vivre comme si, sans jamais parvenir à.
Ses efforts pour cela étaient demeurés vains. Il avait bien pris soin d'éloigner de lui tout signe susceptible de lui rappeler les champs de bataille. Sa décoration, par exemple, une croix de guerre qu'il avait dissimulée dans un mur de pierre jouxtant son jardin. Ce mur à la surface rugueuse et inégale offrait de petites cavités sombres. C'est dans l'une d'elles qu'il avait déposé sa croix. J'avais eu l'occasion de le vérifier par moi-même, en la touchant un jour qu'il me l'avait montrée. Couverte de vert de gris, elle laissait sur mes doigts une pellicule fine et transparente, comme la trace de sa lente décomposition. Je lui avais alors demandé pourquoi cette cachette ? Il aurait pu la faire disparaître en la jetant à la poubelle. Personne n'en aurait jamais rien su. Il m'avait avoué qu'il n'en avait eu ni le courage, ni la force. Faire comme si… peut-être, mais oublier… impossible. C'eût été comme s'amputer d'une part de soi-même.
copyright Serge Bonnery 2007
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16.03.2007
Totis a Besiers !
Je ne sais toujours pas pourquoi mais, lorsque nous jouions à la belote coinchée, le samedi soir, dans la salle enfumée du café de la Place, à Puichéric, de temps en temps, en plein milieu d'une enchère, un "vieux" s'écriait en jetant ses cartes sur la table qui, elle, restait de marbre : "Vau a Besiers !" Paraît qu'il y avait une histoire de bordel là-dessous mais les bordels, on les a fermés depuis longtemps alors, on n'en parle plus. On n'en parle plus ? Bon, tant pis...
Par contre, on peut encore parler la langue d'Oc et aussi la défendre. Demain, à Béziers, se tient la manifestation "Anèm ! Oc" pour la défense de la langue occitane. La défense de la langue et de la culture. Alors, anatz a Besiers per defendre la nostra lenga, bordel !
Mon ami Laurent Rouquette annonce magnifiquement cette manif dans sa chronique hebdomadaire télévisée. C'est sur Canal Cités, à un clic d'ici.
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13.03.2007
JB (4) / Un poète en mouvement
Ce texte a été lu le lundi 12 mars 2007 dans l'auditorium du Carré d'Art de Nîmes. J'y étais invité avec René Piniès, directeur du centre Joë Bousquet, par le théâtre de la ville pour une rencontre autour de l'oeuvre de Joë Bousquet, à la veille des deux représentations de la pièce "Je porte malheur aux femmes mais je ne porte pas bonheur aux chiens", montée par le metteur en scène Bruno Geslin à partir de textes de Joë Bousquet.
Traversé par une balle, le 27 mai 1918 à Vailly-sur-Aisne, Joë Bousquet désormais cloué par l’immobilité est un homme condamné, pour vivre, à réinventer le mouvement. Telle est l’injonction que la blessure lui adresse. Pendant les quelques années de convalescence qui ont suivi le printemps 1918, entouré de médecins dont son père, Bousquet pense qu’il va pouvoir réapprendre à marcher. Nous sommes entre 1920 et 1924. Années cruciales, décisives, durant lesquelles se joue une fois de plus le destin de ce jeune lieutenant d’infanterie.
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01.03.2007
François Laur / Lettera amorosa
François Laur est un de mes amis. Il vit à Carcassonne. Il a publié l'essentiel de son oeuvre aux éditions Rafaël de Surtis, réalise des livres d'artiste avec des peintres. Le 14 mars à 20 h 30, à la bibliothèque municipale de Carcassonne, il interviendra lors d'une soirée consacrée à René Char, dans le prolongement du Printemps des poètes. Un autre de mes amis, Jean-Paul Charlut, parlera de sa lecture personnelle de Char.
En "avant-première", François m'a remis le texte qu'il lira ce soir-là. Intitulé "Lettera amorosa". Le voici, tout simplement.
Lettera amorosa, par François Laur
Il y a eu cette trouée d’ombre, ses balcons en encorbellement. Tout soudain, une voix, aussitôt paysage d’une cherchant le la du temps d’amour. La mélodie s’éploie, son mixe voluptueux de timbre un peu rauque et langage, lieu du corps du plus grand désir, le plus fragile et le plus déchirant. Ce n’est d’abord qu’un petit air de plainte, mais qui revient, vague sans cesse, et feu. Voix qui naît des chairs mêmes et se transforme au fond, modulations qui vrillent au plus intime. Je l’écoute, laissant vibrer les sons venus d’ailleurs qui appellent en moi réponse où ils se réverbèrent. Une blessure ou un frisson si prêts à recueillir le battement d’un sang qui se propage et se partage ! Un temps, tout l’art d’aimer.
C’était bien toi, toi dont le chant éveille à profusion des songes, comme d’autres, passant à travers l’éteule, lèvent un vol de perdrix rouges. Tantôt, une sente de mars te conduit à goûter d’une source perdue qui jaillit à l’air par une sorte de spasme sanglotant, et toi, d’un vibrato soyeux plus que duvet, apaise alors comme à contrecœur l’immense alarme du sous-bois – tantôt le chiffre étrange de ta voix loin des grandes avenues semble tenir de quelque danse énigmatique ou d’un graphisme au système oublié. Je me délecte à ne pas perdre, dans les courbes d’une venelle, le sillage de cette aria de Parque dont ton approche ressuscite l’écho. Quelle ruelle résonnant – de désirs enflammés, de vitres éclatées, d’étincelants crimes grandioses – quels bijoux de verre écarlate, quel liquide vermeil, vif et roulant comme une trille, de rapides accords du grave à l’aigu et de l’aigu au grave, quelle pathétique inflexion de saxo tiendront jamais lieu pour moi de cette aria que tu laisses couler, ce flux d’aimant qui se déverse comme, au dégel, une eau mordante ?
Toi si proche des points d’eau herbus, tu montres le secret de ton seuil et tu ris, pareille à la nymphe qui (crochant épaule ou nuque) entraînait dans son torrent.
Ton secret ? C’est la voie blanche de lumière, poudre d’astres innommés de plus belle eau que toutes gemmes parmi leur velours touffu.
Tu as voulu que je souscrive au fastueux texte inconcevable. Tu as dit : « Tous les rêves te sont permis puisque j’offre mon goût de mer dans l’ondoiement de mes étreintes ». Arquée, tu saluais le vent comme si quelque flux gonflait ton ventre évasé de tendresse. Tu as dit : « Je pressens ton désir d’accéder à ma joie, d’apercevoir où naît mon cri ; la vigueur de ton désir forcit plus proche de sa griffe, là où naît d’elle-même la nuit : pour avoir pu y regarder, un chaman a eu les yeux morts ». Et : « Je demeure au-delà de ton horizon d’homme, mais ton désir n’aura de cesse tant que tu discerneras le murmure rieur du temps des cerises ».
Le trajet de tes appels invite à boire ton vin sombre. Ô fête de faveur, ô noces !
copyright François Laur
21:40 Publié dans Ecritures du Sud | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

